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Qui sont les grands investisseurs Africains ? Aujourd'hui LeLoméen s'intéresse à  Tony Elumelu, ce banquier qui a une vision pour l'Afrique.

11/9/2013 Par: jess 0 Commentaires Lu: 2541 fois Bookmark and Share

En prônant une approche à long terme des investissements et un soutien accru aux petites et moyennes entreprises, l'homme d'affaires Tony Elumelu souhaite redéfinir le capitalisme sur le continent.

Tony Elumelu, 50 ans, est l’apôtre de ce qu’il appelle "l’africapitalisme". Un concept qui donne la priorité aux secteurs productifs de l’économie et dont la stratégie d’investissement à long terme est tournée vers le continent. L’africapitalisme est allergique au renouvellement permanent de l’aide internationale et propose d’investir ces fonds dans des domaines économiques sensibles, afin de soutenir l’agriculture et les PME. "Nous [les africapitalistes]faisons rarement du commerce. Nous préférons les activités où nous pouvons créer une dynamique : l’énergie, l’agriculture, les raffineries", précise le banquier. Et d’ajouter : "Nous ne sommes pas motivés par le profit seulement."

Cela mérite bien sûr quelques nuances, tant les hommes d’affaires nigérians sont connus pour leur penchant à l’exagération. Mais Elumelu joint les actes aux paroles. Son véhicule d’investissement, Heirs Holdings, possède des parts dans une centrale énergétique, une usine d’engrais et une unité de production de jus de fruits. Il finance également un prix qui récompense les start-up innovantes. Tony Elumelu a aussi soutenu la création, en Afrique de l’Est, de plusieurs Bourses de matières premières fondées sur le modèle à succès éthiopien. Et il réfléchit à racheter celle d’Abuja, qui n’en est qu’à ses balbutiements.

Vaches à lait

Dans ses projets actuels, Elumelu essaie de favoriser un modèle d’investissement patient, qui s’appuie sur une plateforme majeure : Transcorp, le conglomérat nigérian – autrefois moribond et rongé par les scandales – qu’il a racheté en 2011. "C’était un bon candidat au redressement, et le prix était raisonnable", explique-t-il. Alors que Transcorp possède des vaches à lait dans le pétrole, le Oil Prospecting Licence 281, et dans l’hôtellerie, Transcorp Hilton Abuja, c’est l’acquisition récente de la centrale d’Ughelli pour 300 millions de dollars (224,2 millions d’euros) qui va retenir l’attention des Nigérians. Ces derniers sont en effet désespérés par les problèmes d’électricité qui minent leur vie quotidienne et leurs activités. "Dans cinq ans, la centrale devrait produire 1 200 mégawattheures", assure le banquier, considéré comme l’un des champions de l’économie sociale dans son pays.

Transcorp – surnommé le chaebol nigérian (conglomérat sud-coréen) à sa création en 2004 – met désormais en œuvre une stratégie similaire à celle des puissantes entreprises asiatiques. "Teragro, notre firme agroalimentaire, est un investissement à long terme qui bénéficie de l’appui financier de Transcorp. Mais un jour, celui-ci ne sera plus nécessaire", affirme Elumelu. Transcorp utilise une partie des bénéfices de certaines filiales pour en financer d’autres, explique-t-il. Apporter un soutien de long terme aux entreprises qui, un jour, pourront générer des profits est un principe qui rappelle une idée populaire en Corée du Sud : profiter, dans un premier temps, d’une protection mise en place par le gouvernement pour développer certaines activités, puis les céder aux acteurs privés.

Elumelu approuve, dans une certaine mesure, cette politique habituellement pratiquée dans les pays en développement : "Lorsqu’un avion décolle, il a besoin de beaucoup d’énergie, mais une fois en vol, il en consomme moins."En revanche, il met en garde contre les subventions gouvernementales qui ne sont accompagnées d’aucun investissement dans les compétences de base nécessaires. "Les politiques bienveillantes mais mal conduites peuvent devenir de grandes contraintes."Le Nigeria n’est pas tombé dans ce piège.

À Abuja, l’équipe d’économistes dirigée par Ngozi Okonjo-Iweala, la ministre des Finances, a ainsi conclu un accord avec la Banque mondiale mettant en place des garanties pour couvrir les risques pris par les investisseurs privés dans le secteur de l’énergie. "Les gens n’en ont peut-être pas conscience, mais les gouvernements africains vont de l’avant. On peut même emprunter en s’appuyant sur ces garanties", souligne Elumelu.

Intervention utile

Dans l’agriculture aussi, le gouvernement s’est impliqué dans le renforcement du secteur privé. La Banque centrale du Nigeria utilise ainsi un mécanisme qui protège les prêteurs contre les pertes subies par les acteurs du domaine. "C’est un bon exemple d’intervention utile. Notre filiale Teragro en a elle-même bénéficié à hauteur de 1,5 milliard de nairas [6,8 millions d’euros]", précise le Nigérian.

Quant au financement des PME, le businessman a, là aussi, un point de vue bien précis sur la question. D’après lui, l’État devrait y être associé, mais pas sans l’appui des Africains fortunés ni des partenaires étrangers, afin de minimiser les risques : "L’aide internationale accordée au continent n’arrange rien. Si nous utilisions ne serait-ce que la moitié de cet argent pour garantir des prêts aux PME, nous pourrions enfin voir un changement. On devrait oser investir dans 1 000 entreprises en acceptant que 30 % d’entre elles risquent d’échouer, car 70 % peuvent réussir. Les banques, elles, ne prendront jamais de tels risques. Ce ne sont pas des organisations philanthropiques. Elles savent qu’en prêtant au secteur privé elles vont perdre de l’argent."

 

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